INTERVIEW

RETOUR D'EXPÉRIENCE SUR LE TRAVAIL DE CO-DÉVELOPPEMENT INTER-FORMATEURS MENÉ À L'EPE FORMATION.

 

Entre 2020 et 2021, pendant près d'un an, j'ai eu le plaisir d'animer des séances de co-développement sur le thème de l'Evaluation en Formation pour les formateurs.trices de l’Epe Formation. Le partage d'expériences et la co-construction ont guidé les séances tout au long de l'année. Hugo, participant au groupe, a accepté ma demande d'interview et revient sur l'expérience vécue.

🎤​ MARYLINE GS : BONJOUR HUGO, TU AS PARTICIPÉ À L'ENSEMBLE DES SÉANCES PENDANT UN AN. PEUX-TU NOUS DIRE CE QUI A MOTIVÉ TA PARTICIPATION ?

Hugo : "Ce qui a motivé ma participation au départ c’était... rien de spécial car je ne connaissais pas "l’évaluation" et il s’agissait du thème proposé pour la collaboration inter-formateurs. Je voulais m’inscrire dans une dynamique de groupe au sein de l’Epe Formation. Quand j’ai compris que c’était sur l’évaluation ça m’a motivé car ça m’a renvoyé à des idéologies liées à la valeur marchande avec lesquelles je n’étais pas en accord.

J’ai abordé le modèle de Kirkpatrick proposé en m’inspirant d’une approche philosophique qui m’est chère : la critique de la valeur. J’ai ramené ce champ de réflexion dans le groupe, et nous avons questionné et partagé entre collègues à ce sujet, notamment comment l’inclure et la faire cohabiter avec le modèle économique de Kirkpatrick, et comment la vivre dans notre métier de Formateur. Rapidement, ce qui m’a impressionné et confirmé dans cette démarche, c’est la qualité des apports entre nous. Le groupe a apporté une vraie richesse par la diversité et la profondeur des partages d’expériences.

Le cadrage des séances et la pédagogie proposée ont également permis de développer un esprit de collaboration très fort : il y a eu tes apports de contenus Maryline, des réponses à nos questions tout en nous laissant des temps libres pour travailler en autonomie. Cela m’a donné envie de poursuivre et me rendre compte qu’on pouvait adhérer sans s’opposer, confronter sans se couper. On a dépassé les désaccords en douceur. Ça été très enrichissant de voir que je pouvais critiquer et partager la critique avec des collègues.


🎤​ MARYLINE GS : QUELS REGARDS PORTES-TU SUR CETTE EXPÉRIENCE, SUR L'ACCOMPAGNEMENT ET LES MÉTHODES DE TRAVAIL COLLABORATIVES PROPOSÉES ?

Hugo : Les temps de travail en autonomie à partir d’un thème ou d’une démarche que tu proposais, nous ont permis de nous exprimer entre nous, sans être écoutés et d’expérimenter par nous-mêmes. Parfois de sortir du cadre !

Je me souviens de discussions et de désaccords avec un collègue, sur l’évaluation.

Plus tard, dans une autre séance, et durant un autre temps de travail en groupe, nous nous sommes compris et rejoints sur le sens de mes propos, nos visions allaient dans le même sens. Je me suis senti en confiance à distance, tu nous as apportés des connaissances et tu as guidé la pratique avec des méthodes collaboratives, comme « L’avocat de l’Ange », que j’ai beaucoup appréciées. Durant le travail, nous avons toujours été dans un rapport de bienveillance les uns avec les autres. On a d’ailleurs dépassé la distance physique de la visio Zoom en créant des temps de pause ensemble autour d’un café ! Ce que l’on fait en présentiel mais pas nécessairement à distance. A chaque séance, il y avait le rituel « Pause Café » que nous partagions ensemble pendant le travail, c’était très sympa.

Au détour de certains sujets partagés pendant les séances, il y a eu aussi un temps d’analyse de nos pratiques et c’est ça qui m’a incité à venir plus régulièrement aux Cafés des Formateurs que tu animes. J’ai senti qu’on pouvait partager de manière vraie car nous étions dans un esprit porté par la bienveillance. Le distanciel a ajouté un élément intéressant : on est proche sans avoir la présence physique des autres.

Me concernant, parfois, c’est peut-être moins facile d’être en présence physique pour m’exprimer et montrer mon désaccord. Dans le cadre du distanciel, j’ai pu m’exprimer plus simplement.

L’organisation est plus souple, chacun est dans son espace et créé son cadre. Cette collaboration inter-formateurs m’a aussi permis de sortir de ce caractère marchand de la formation. L’évaluation c’était ça pour moi.

J’ai découvert et apporté une autre perception de l’évaluation. 

🎤​ MARYLINE GS : QU'AIMERAIS-TU DÉVELOPPER DANS TA PRATIQUE PÉDAGOGIQUE ? 

Hugo : J’aimerais faire des ponts entre nos formations, créer des liens entre les formateurs, c’est comme ça que l’idée d’un travail commun avec les collègues sur le thème de l’Éthique est venue en séance. Nous sommes plusieurs à travailler sur des sujets connexes et nous n’avons pas tous la même perception de l’Éthique.


Se retrouver et partager nos expériences respectives, nos connaissances sur ce thème ensemble me plairait. Le thème de la « Gestion des conflits » est également un axe qui m’intéresse à travailler ensemble ou encore la gestion de groupe comme nous l’avions évoqué. Si ces moments de regroupement à distance s’arrêtaient cela créerait un vide. Peut-être même un sentiment de désolidarisation, car c’est porteur de travailler ensemble. Je vois la suite dans la continuité de ce qui a été initié, avec différents de temps de partages et de rencontres entre formateurs.

Cela nous permet de poursuivre de nouveaux chantiers de réflexions comme ceux évoqués avant, de continuer à questionner nos pratiques. On est parfois un peu seul dans sa pratique. Parfois, nous accompagnons des professionnels qui sont eux-mêmes en souffrance, dans des institutions qui sont également elles-mêmes en souffrance. Ce n’est pas un contexte toujours évident à vivre.


Propos recueillis par Maryline GAROT-SCELIN, Décembre 2021.

Cet accompagnement fait partie d'un dispositif multimodal mis en oeuvre en intra à l'Epe Formation. Découvrir.